7 juin 2015

JDLP #7 Conférence "Entendre, ouïr, écouter" par Gilles Rettel





Cher Gilles,

C'est toujours un pur plaisir d'entendre le son de votre voix, tout de voile vêtue.
Sachez que je vous ai trouvé en pleine forme, vous n'étiez qu'élégance ce samedi six juin. Une véritable allure Hedislimanienne. Aucun fashion faux-pas - à part sans doute ce fâcheux coupe-vent qui mérite un piètre 5/10, mais je vous pardonne.

Vous savez si bien capter votre auditoire. Cependant, toute occupée que j'étais à noter l'admirable tombé de votre pantalon en toile noire enduite - so rock'n'roll, so you - j'ai  fauté en ne vous écoutant qu'à moitié. En vous entendant donc, bercée par le rubato de votre timbre exquis, je ne vous ai pas entendu LE dire.
Par trois fois Gilles, j'ai tenté ma chance et par trois fois, j'ai échoué. Deux éditions des RNBM, et ce samedi. Je n'ai pu y croire lorsque Monsieur Ott, de ce ton posé de saxophoniste aguerri, me l'a affirmé.
C'est un fait. Vous avez bien dit "soniel".

Je suis extrêmement désappointée. Si vous aviez l'extrême amabilité de me faire parvenir par K7 audio ou autre moyen de votre convenance, un enregistrement qui me permettrait de réaliser enfin ce rêve sonore, je vous en serais éternellement reconnaissante.

Votre obligée,
Melle Salt.


Mais assez bavassé, Gilles, revenons sur votre conférence, d'une grande intensité.
Qu'en retenir ?

Vous êtes un homme actif : vous faites du sport, vous apprenez une langue étrangère, vous avez fait partie d'un groupe nommé Marquis de Sade il y a longtemps, vous enseignez "Moi qui enseigne dans une école d'ingénieurs du son", "Moi j'ai beaucoup d'étudiants".

Vous vous exprimez de façon décontractée : vous jugez les bornes de musique numérique "pas super sexy". Vous appelez Jean-Sébastien Bach "le patron". Pour vous, la musique de James Brown, c'est "une vraie tuerie" ("comme disent les jeunes").

Le vinyle et vous, c'est à la vie à la mort : vous vous enflammez lorsque que vous nous dites avoir découvert Arthur Lintgen, "le mec qui peut vous dire de quel morceau de Classique il s'agit rien qu'en regardant le sillon", et ça nous fait rêver.
Vous nous parlez avec emphase et sensualité de cet engagement dans l'utilisation du vinyle, ce grand objet que l'on touche, que l'on voit tourner, de cet impact sensitif unique qui explique à lui seul que le vinyle ne disparaîtra jamais - l'ambiance à ce moment dans l'assistance est électrique, tout le monde dans la salle n'a qu'une envie, se ruer chez le marchand et rentrer chez soi mettre sur sa platine Kick out the jams de MC5, en vous revoyant encore littéralement exulter à l'écoute du morceau - à propos duquel vous nous avouez qu'il vous met dans un tel état d'excitation qu'il ne faut pas que vous l'écoutiez après 22h00 sinon c'est nuit blanche assurée. Quel homme.

La musique vous habite : vous êtes irrésistible lorsque, lançant de votre ordinateur une video d'AC/DC en vous déhanchant sur votre chaise sans vous rendre compte que rien ne s'affiche à l'écran, vous réglez le problème technique avec un sang-froid et une coolitude incomparables avant de vous déchaîner à nouveau, hilare, devant Angus Young en short sur l'écran géant, vous fendant même d'un head-banging aussi inattendu que chou.

Vous vous mettez à nu : vous nous avouez qu'après avoir exécré le Disco pendant des décennies, vous reconnaissez l'apprécier aujourd'hui, avant de nous balancer l'insupportable "Never can say goodbye" de Gloria Gaynor. Oui, vous avez vos failles, et cela ne vous rend que plus attendrissant.

Vous êtes un être spirituel : vous êtes "sensible à l'élévation" musicale, et votre attachement à nous le démontrer et à nous y initier confirme votre grand potentiel de gourou, même si personnellement je ne me suis pas sentie tout à fait en transe.


CONCLUSION :

Gilles, votre charisme n'est plus à prouver, vous pouvez lever le pied. Ceci étant dit, votre conférence était un rien fourre-tout, il vous faudra faire quelques concessions afin de n'en garder que la substantifique moelle. Aussi, votre histoire d'élévation est charmante mais superflue, gardez-la plutôt pour votre prochaine conférence en collaboration avec Boris Cyrulnik. Apprenez aussi à accepter les interventions de votre auditoire, notamment si elles ne vont pas dans votre sens. On n'interrompt ni ne fait taire quelqu'un en parlant plus fort dans le micro, Gilles, ça ne se fait pas. Petit chenapan.

***

"Ce que j'entends, ce que j'écoute" : le témoignage de Melle Salt.

"Voyez-vous, j'ai eu l'ingénieuse idée à mon arrivée à la bibliothèque de faire installer une trappe juste devant la banque de prêt, ce qui me permet, grâce à un système électronique performant, d'évacuer les usagers importuns dans les cachots en cas de besoin. L'efficacité de ce système d'évacuation n'est plus à prouver, nous l'utilisions déjà dans ma famille au Moyen-Âge.

Le son lui-même de l'ouverture de la trappe, sourd et feutré, est un délice.
Je prends toujours le temps d'écouter avec délectation les hurlements désespérés de ces pauvres bougres croupissants au fond du trou, du moins au début, car ils se muent ensuite en gémissements monotones, perdant ainsi tout intérêt sonore. Ainsi cesse-je d'y prêter attention, et retourne à de plus nobles occupations, les entendant comme un bruit de fond aléatoire et lointain. Mon attention se réveille lorsqu'ils se changent en râles, puis en rien.
Jusqu'au prochain importun".

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