8 juin 2011

Vacances

Salut mes cochons,
Je pars en vacances pendant 10 jours alors je vous dis rendez-vous fin juin.
À mon retour, nous parlerons probablement de la drague en bibliothèques.
Baisers porcins,
Marion.

L'automate de prêt, les usagers et moi

L'usager de la semaine est l'utilisateur de l'automate de prêt.

L'automate de prêt, cette merveille de technologie qui nous permet, nous autres bibliothécaires faits de chair et de sang, de partager avec nos usagers d'authentiques moments de complicité, d'échange, d'amour.
Petit panorama des utilisateurs d'automate de prêt.




L'ORGUEILLEUSE

L'orgueilleuse suinte la suffisance et le trop-plein de confiance en soi.

Que faire : lui lancer un mesquin "mmm je crois que le problème vient surtout de votre carte, mademoiselle" qui la calmera fissa.



LA CHOUINEUSE

La chouineuse chouine.
Ne la laissez pas se répandre en divagations chouinesques sinon vous n'avez pas fini.

Que faire : la rassurer, mais fermement "Maaais non allez", avec un sourire de patronne.



LA POUFFONNE*


Vous reconnaissez la pouffonne - outre son allure si distinguée - à sa façon d'ânonner et à son regard de gallinacé.

Que faire : Faites-la répéter une ou deux fois sa phrase en prenant des airs d'universitaire collet monté, puis mettez-la devant le fait accompli : comment se fait-il qu'elle n'ait pas encore réglé ce litige avec le Trésor Public en date d'il y a deux ans? Il va falloir y songer sinon ça risque de se corser mademoiselle (une pointe de condescendance n'est pas déconseillée). 

*la pouffonne, mélange savant de pouffe et de bouffonne, est à la pointe de la connerie.



LE TAISEUX


Le taiseux est le genre d'usager qui n'emprunte qu'avec l'automate de prêt, même quand vous êtes là (espèce d'ASOCIAL). Le voir ainsi devant vous relève donc du miracle. Ou de la panne informatique.


Que faire : lui prêter ses documents et lui foutre la paix. Parfois, vous entendrez un "msirvoir" sortir de cette masse organique et chevelue.



LE PÉDANT
Le pédant préfère lui aussi avoir affaire à l'automate, et aime vous faire sentir son courroux lorsque cela n'est pas possible. Vous adresser la parole lui coûte tellement. Vous écouter est une telle perte de temps. Gueuse.


Que faire : lui prêter les documents sèchement. Lui souhaiter une bonne journée en soignant particulièrement votre diction et votre sourire faux-cul.



LA TIMIDE
La timide n'osera jamais vous demander de lui montrer comment marche l'automate. La timide n'osera jamais essayer toute seule. La timide n'osera jamais vous déranger. C'est pas grave. Ne vous dérangez pas je vous assure. Ça va merci. Non non je vous en prie. Mais nooon puisque je vous dit...aaaAHHH MAIS AAA AAH JE vous DIS QUE JE veux PAA AA AAAS (sanglots).


Que faire : lâchez-lui les cheveux, vous voyez bien que ça ne sert à rien, allons. Un peu de compassion, vous étiez un peu comme ça, il y a longtemps, souvenez-vous. Ben oui! Et est-ce qu'une bibliothécaire vous a déjà traîné jusqu'à l'automate puis plaqué le visage sur l'écran? hein? Ben non, voilà. Alors.



LE JOVIAL


Sympathique personnage qui est de votre côté et pas de celui des vilaines machines. Mais pas vraiment par conviction, plutôt parce qu'il ne connaît pas. Une fois que vous l'aurez initié pour rigoler, il ira l'utiliser systématiquement, "pour rigoler!", dira-t-il en vous passant devant.


Que faire : rire avec lui. Si vous vous en sentez capable, lancez-lui un petit "c'est ça oui" à mi-chemin de la déconnade et de l'avanie qui le déstabilisera méchamment.



LE RHÂ LOVELY
Contrairement au jovial, le rhâ lovely est sincèrement avec vous. C'est une question d'éthique. Il ne manque pas de vous le faire savoir (le rhâ lovely a un côté engagé qui réveille vos pulsions révolutionnaires).

Que faire : gardez votre dignité, pas de larmes aux yeux ou d'embrassades incontrôlées. Dressez simplement un bûcher autour de l'automate et contemplez paisiblement ce tableau idyllique aux côtés de votre rhâ lovely, jusqu'à extinction complète du feu et disparition avérée de la machine.

1 juin 2011

Les collègues retardataires

Aujourd'hui, étudions un type d’individu bien connu des bibliothécaires, à savoir : un collègue. Plus exactement : le collègue en retard.
Qui ne s’est pas déjà plaint, à soi-même dans la morne solitude de son attente, ou à un collègue en toute confidence, des retards répétés d'un-tel, du manque de rigueur d'une-telle, et de leurs dramatiques retombées psychologiques? Ensemble, apprenons à identifier les responsables de ce fléau, les acteurs de cette lèpre, les partisans de ce chancre qui pourrit nos bibliothèques.
Oui, une question dans le fond? Psychorigide? Impatiente? Mais pas du tout ça n'a rien à voir, évitons le hors-sujet je vous prie.

Avant toute chose:
Distinguons bien les retards bénins des retards malins. Votre degré de tolérance en dépend.
Le retard bénin (RB) vous attendrit, vous fait rire, vous émeut, au pire vous indiffère.
Le retard malin (RM) réveille votre côté “dark”.


Notons que si vous vous trouvez déjà dans un état de fatigue ou d’énervement prononcé, vous pourrez réagir à un RB comme s’il s’agissait d’un RM. Une bonne maîtrise de soi est donc indispensable afin de gérer au mieux vos réactions à chaud.
Par exemple : Géraldine ne mérite pas que vous répétiez à tout le monde qu’elle a chopé une MST au dernier congrès de l’ABF juste parce qu’elle était coincée dans les bouchons ce matin et qu’elle vous a remplacé avec 10 minutes de retard. En revanche, si son retard ce midi était dû à un séjour prolongé chez JouéClub (ouiii mon petit loup va sur ses 4 ans), dans ce cas-là pas de problème, balancez la sauce, allez-y, lâchez-vous. 
Un bon conseil, nonobstant : jouez-la finement les amis. Méfiez-vous des roquets revanchards. En effet, le 3R (retardataire-roquet-revanchard) a la vengeance vicieuse, peut passer intentionnellement de “l’étourdi” à “l’égoïste” et maintenir le cap looongtemps.
Enfin, sachez qu’un RB peut muter (RBM).
Il existe de nombreuses catégories de retardataires. En voici quelques unes:
Les lents : on prend biiien le temps de rassembler ses affaires, ouhlala c’est lourd dis donc, on baille ouuuuh qu’est-ce qu’on est fatigué, on met trois heures à descendre 20 marches, oh on a oublié de faire un petit pipi hihi, zou zou zou on se dépêche et le temps de faire tout ça il s’est bien écoulé 5 minutes (version niaise).
= RBM : selon les circonstances, vous portez sur cette créature fascinante un regard amusé, attendri, perplexe ou franchement agacé.



Les étourdis : oublient l’heure, se plantent d’étage, retournent chercher un truc qu’ils ont oublié et mettent trois plombes car ne se souviennent plus où ils l’ont mis, mettent sens dessus-dessous le bureau et reviennent énervés alors que ce qu’ils cherchent leur pend autour du cou ou est dans leur poche.
= RBM : fatiguant. Fatiguant fatiguant fatiguant. Ou très amusant si le retard ne vous concerne pas (l’étourdi a un grand potentiel d’entertainer).



Les empotés : “ah mince j’ai pas pris mon badge tu peux m’ouvrir je dois remplacer machine tu es gentille ohlalalala c’est compliqué tout ça allez je vais prendre l’ascenseur ça ira plus vite ah zut il descend au -1 miiince ohlala bon on va prendre les escaliers alors rhô AHA AHA AHA” (rire d’empotée stressée).
= RBM : fait un peu pitié . Peut aussi faire rire (les yeux grand ouverts d’ahurissement).



Les égoïstes : “bon chuis où moi... au 5ème, ok ok. Ah mais il est déjà 15h04?! Hanla ça passe vite, allez je vais faire un tour aux toilettes vite fait avant d’y aller.. oh mais ils sont deux... boh ça va j’ai le temps. OH tiens pendant que j’y pense il faut que j’aille voir Brigitte pour mon problème de pointeuse...” 
= RM : rend fou surtout quand vous le voyez arriver frais & dispo, la bouche en coeur et de bonne humeur. Mais permet de bien travailler sa répartie (mentalement).



Les victimes des  embouteillages : “MAIS AVANCE CONNARD - oui Brigitte? c’est Marion je vais être en retard - BEN TE GÊNE PAS GROGNASSE PASSE MOI DEVANT”.
= RB : sujet sensible cependant, à ne pas aborder à chaud.



Les accidentés de toute sorte : voiture, moto, chute, mauvais plan chez Quick, concombre toxique, alpagage par la directrice entre deux couloirs, accident de coton-tige...
= RB ou RM, ça dépend. On est indulgent. Dès fois c'est pas joli.

Les parents : “oui Malo a de la fièvre / Jeanne a une gastro / la nounou s’est barrée sans prévenir / Matthieu s’est fait flasher à 150 en moto / le père de Victor s’est pas réveillé il lui a fait rater son train je dois aller le chercher fait chier mais quel con ce type”.
= RM. Non?



Les victimes de dommages collatéraux : collègue remplacé par un collègue se faisant lui-même remplacer. Ajoutez toutes sortes d’obstacle (pipi, bouteille d’eau...) pour faire durer le spectacle.
= RB pouvant virer RM vis-à-vis du 1er maillon du retard.
Témoignage poignant
13h59 : vous entendez du haut de votre mezzanine la voix de votre collègue Sylvie, sensée vous remplacer à 14h00. Elle sonne agréablement et l’entendre vous emplit d’espoir.
14h00 : son arrivée est imminente.
Elle devrait apparaître à l’instant.
Ce n’est qu’une question de secondes.
14h01 : vous faites bonne figure, telle une Bree courroucée mais confiante.
14h03 : le regard rivé à cette saloperie d’horloge, vous vous laissez aller à murmurer un traînant « putain mais qu’est-ce qu’elle fout bordel ».
14h04 : vous entendez la voix de crécelle de Sylvie, qui n’a visiblement pas bougé son cul du 2ème.
14h05 : vous avez le malheur de regarder l’heure à votre ordinateur, et vous rendez compte qu’il n’est en réalité que 14h00. Un « Pffffuuuutttttiiinnnn!!? » feutré mais furibond vous échappe.
14h01 : un bruit de pas pressés en provenance des escaliers : l’émotion vous gagne.
14h02 : après cette fausse alerte, vous n’attendez plus rien de la vie. Vous gisez sur la banque de prêt tel un pantin désarticulé. Vous bavez.
14h03 : Une présence à vos côtés : c’est Sylvie, qui en a « profité pour faire une pause pipi et boire un coup » et vous demande si ça va. Votre réponse est si consensuelle qu’elle n’en saisit pas la puante ironie.
14h04 : en partant, vous apercevez M. Martin, un odieux personnage très collant, qui se dirige vers la banque de prêt. Vous vous réjouissez d’y avoir échappé et riez comme un bossu en songeant à cette brave Sylvie qui n’aura pas cette chance. Vous savourez votre triomphe.

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