9 novembre 2007
Scéance de rattrapage IlEtaitUneFoisèsque. Vous connaissez sans nul doute l'histoire du Petit Poucet. Mais ce que vous ignorez à coup sûr, c'est qu'il y a une délicieuse suite à ce célèbre conte. Eh oui, peu de gens le savent. Laissez- moi vous la conter...Poucet a grandi. C'est maintenant un homme beau et vigoureux, auréolé d'une grande célébrité depuis qu'il a volé à l'Ogre les Bottes de Sept Lieues, et sauvé sa famille. Loin d'être idiot, Poucet a su tirer profit de sa renommée pour se bâtir un nom dans le domaine de l'édition de livres de développement personnel. Son autobiographie : "Les Cailloux de mon enfance", best-seller mondial, est traduit en 65 langues. Il est le fondateur et "Pape" de l'Ecole de l'Ensemencement, où ses disciples apprennent et enseignent à leur tour les préceptes de Poucet : trouver la paix intérieure et rester dans le droit chemin par l'art de semer les cailloux. Les adeptes de cette école se comptent par milliards. Ecole qui est néanmoins considérée dans certains pays comme une secte.
Poucet a plein de femmes dans le monde entier, et est donc à la tête d'une vaste progéniture, non reconnue dans son ensemble. Quoi de plus facile quand on a les Bottes de Sept Lieues. Poucet est très intelligent, il sait que pour être peinard il suffisait de se faire passer pour un personnage de conte. Il n'a de comptes à rendre à personne, pas même aux femmes qu'il a séduites (des gourdes qu'il a appâtées avec des diamants, des bijoux...vous trouveriez ça normal, vous, de tomber sur une piste de parures de diamants en pleine forêt?). Est officiellement marié à Gretel, avec qui il a un fils : René, qui gère avec brio les affaires de son père (droits d'auteur, droits d'adaptation au cinéma et à la télévision, produits dérivés, etc...). A l'heure qu'il est, Poucet, lui, il se la coule douce dans son domaine du Lot-et-Garonne.
Mais au-delà de cette indéniable et spectaculaire réussite socio-économique, ce que nous retiondrons de Poucet, c'est d'être à l'origine d'une des tares les plus redoutées des bibliothécaires, car affectant une part non négligeable du public des bibliothèques, j'ai nommé : "le Syndrome de Poucet".
Par "Syndrome de Poucet", j'entends par là une manie (absolument horripilante pour une bibliothécaire en plein rangement) de semer des livres, soit seuls, soit en piles, un peu partout dans l'espace de la bibliothèque. Le but étant bien évidemment de poser les livres en question partout sauf là où ils sont sensés se trouver normalement. Inutile d'ajouter qu'en commettant son méfait, le lecteur fait basculer le livre dans le mode "marqué disponible mais introuvable", ce qui généralement pousse n'importe quel bibliothécaire dans un état d'irritation rarement atteint. Il y a la version soft, qui consiste juste à poser les livres n'importe où, ce qui permet de les retrouver sans trop de difficulté, et il existe aussi la version dite hard, qui consiste carrément à ranger les livres n'importe où, sauf là où on les a pris, ce qui revient en fait à ...les perdre. Et pendant ce temps-là, vous passez pour une parfaite imbécile auprès du lecteur qui, complètement ahuri, vous entend lui dire que le livre "est là mais est introuvable"...
...Alors vous savez ce que je lui dis, moi, au père Poucet?




