1 octobre 2008

Les Mécontents

3 septembre 2007 - 4 septembre 2007

Ah, les Mécontents!...

Si je choisis de vous parler des Mécontents (avec une majuscule, tout à fait), c'est qu'il m'est tout bonnement impossible de faire l'impasse sur cette catégorie de lecteurs. En réalité, ce serait une entrave au bon sens, que dis-je, contraire à la déontologie de la bibliothécaire que je suis, que d'omettre l'existence des Mécontents qui, je vous le rappelle (car vous en faites partie figurez-vous, comme à peu près tout le monde, et moi la première naturellement), constituent un des piliers fondamentaux du public des bibliothèques.

Ces saloperies charmantes créatures sont pour moi une éternelle source d'émerveillement, et je ne me lasse pas de les étudier, de décrypter leur comportement, leurs coutumes, leur dialecte si riche, leur art de la conversation - qui s'apparente quelque peu à un monologue, mais j'y reviendrai par la suite - et surtout, leur si merveilleuse habileté à me pourrir une journée en deux minutes maxi.

Essayez de satisfaire un Mécontent, vous allez voir. Je vous souhaite bonne chance. Personnellement, la moindre rencontre avec un Mécontent a été source de remarquables montées d'aigreur. Car une telle rencontre s'oublie rarement, je vais de ce pas vous faire le topo :

Les prémices : vous ne le voyez pas encore, mais il est bien là, quelque part dans la médiathèque, tapi derrière le rayonnage Psychiatrie, ou bien déambulant patiemment d'espace en espace, l'air détaché (ne vous y fiez pas, c'est une façade), à attendre le moment propice à l'incontinence l'explosion verbale dont vous allez être victime très prochainement, mais ça, vous ne le savez pas encore. Pour l'instant, vous êtes à votre poste habituel, et votre journée ne vous a pas apporté de désagrément particulier JUSQU'A CE QUE vous leviez les yeux de votre écran d'ordinateur ou du Livre Hebdo (revue professionnelle) de la semaine, et que vous l'aperceviez là, devant vous, en vrai. Naturellement vous lui dites bonjour en souriant, sans que ce soit une corvée (comme la prochaine fois que vous le verrez), et là, tout doucement, sans que puissiez y faire quoique ce soit, le Mal va s'insinuer en vous et vous serez bon pour tirer la tronche le restant de la journée.

La prise d'otage : "Mais il n'y a rien ici! je ne trouve rien comme d'habitude, mais non ça je l'ai déjà lu, c'est quand même incroyable que votre rayon de romans policier soit siiiii pauvre, franchement, c'est nullissime hein, pour une médiathèque comme la vôtre [...] oui bon ça sort beaucoup d'accord, mais quand même faut voir les auteurs que vous avez, hein, bon c'est pas la panacée avouez-le [...] elles sont où les nouveautés? [...] c'est tout?!! génial. Bon en plus faut que je me dépêche, vous fermez à quelle heure déjà? [...] 19 heures? Oh la la mais je pensais que vous fermiez plus tard que ça [...] oui enfin bon c'est quand même du service public [...] Ah vous êtes fermés le lundi? Le dimanche aussi? Eh ben si c'est ça ce qu'on appelle le service public...bon bref je suppoôose que vous ne faites pas de nocturnes...[...] pardon? Vous avez une vie privée? Attendez vous n'allez quand même pas vous plaindre"

// à ce moment-là, vous commencez curieusement à adopter bien malgré vous ce qu'on appelle communément un "sourire contrit". Eh oui, vous aviez juré de ne pas vous laisser re-marcher sur les pieds, mais que voulez-vous! Vous aurez beau défendre bravement votre bout de gras, le Mécontent n'accordera aucun crédit à vos arguments, puisque seuls les siens ont de la valeur, ha ha, vous l'aviez oublié! Lui par contre n'oublie pas de manquer de considération envers vous et votre travail, enfin si on peut appeler ça du travail...FEIGNASSE ! \\

Bon. Sans parler de ce ton si inimitable, mélange savant de condescendance, de moquerie, de désinvolture (ingrédient d'une importance suprême), de suffisance, bref, de ce ton qui vous rabaisse derechef au rang honni de sous-merde. Sans oublier le must have du Mécontent, l'accessoire indispensable dont il se pare à chaque visite, j'ai nommé le faire-valoir, qui ne fait pas grand chose à part recevoir ces confidences confiées avec tant de conviction et de discrétion.

La délivrance : est toujours un peu amère, du fait des regards dégoulinants de compassion et de pitié de la quasi-totalité des lecteurs qui enrichissent la file d'attente depuis le début de cette scène, et qui n'en ont - évidemment - pas perdu une miette. Eux aussi vous sourient, mais bizarrement, vous vous en passeriez bien...

... Et le Mécontent dans tout ça? Eh bien, il est parti comme il est venu, c'est-à-dire content de lui! Vous ne lui avez été d'aucune aide (il ne vous en a pas laissé l'occasion), mais il ne vous en tient pas rigueur, et dans sa grande mansuétude, il vous pardonne d'être si empoté.

5 commentaires:

Habib Liotek a dit…

Ah le rêve ;)
ça me fait penser à notre délire sur les smoothies de lecteurs...

Il est tant de gadgets utiles qui n'ont pas encore été inventés...
Mais que fait la recherche ??
silence... (documentaire ?)

Clara-veut-la-lune... a dit…

Elle ressemble à la dame qui n'a PAS pris les Danielle Steel...c'est la même ?

ion a dit…

Ah, ouais amusant! Non non ce n'est pas la même, ce serait tellement dommage de choisir toujours la même chiouse alors qu'il y en a tant d'autres... je ne sais pas, les grognasses aux cheveux courts m'énervent peut-être plus que les autres...:)

Anonyme a dit…

Trop bien la télécommande ! J'en veux une, hi hi hi !!

Anonyme a dit…

Je crois qu'on a tous le nôtre. Mais pour moi le pire c'est celui qui débarque à 18h04. (Fermeture à 18h)
Car il a BESOIN d'un accès INTERNET de toute urgence.
Et qui vous traite de fumiste parce que vous allez fermer. Alors que vous venez de faire du 9-18h.
A que je les aiment parfois ;)

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